Second voyage à Salvador de Bahia

En Février 2012, Françoise me conduit à l’aéroport pour mon second voyage à Salvador de Bahia sous entendu « Bahia de todos os santos » la baie de tous les saints (et non pas la baie de tous les seins… c’est plutôt à Rio ça, non?).

J’ai consulté plusieurs médecins pour essayer de résoudre des problèmes de santé aux cervicales. Je l’ai fait dans l’espoir d’être guéri avant mon voyage et avant une période professionnelle intense marquant la moitié de ma thèse. En embarquant dans l’avion ce samedi soir mon état d’esprit est sans conviction ni ambition. Ma « coupe » est plus vide que pleine et je suis surtout prêt à profiter de l’instant présent et à recevoir ses cadeaux simples. En particulier les rencontres avec autrui.

Mon vol n’est pas direct. Mon premier vol de Paris à Sao Paolo se passe agréablement à côté d’un Chilien et de son épouse brésilienne qui vivent à Porto de Alégre dans le sud du Brésil. Mes premiers mots sont échangés en portugais durant ce vol. Mon second vol m’amène à Brasilia, dans les terres. La ville est administrative et ses rues sont quadrillées comme un plateau d’échecs. Durant ce vol, je fais la connaissance d’André et de Manu qui vivent à Brasilia. Ils sont ingénieurs et reviennent d’un voyage professionnel au Japon. Je m’amuse bêtement à l’idée de réunir ces deux cultures (en imaginant un japonais qui danse la samba…). André et Manu seront très amicaux, drôles et m’apprenderont quelques mots de portugais. Je me rends compte que ma capacité à comprendre les autres (en étant aidé du contexte) est meilleure que ma capacité à me faire comprendre, mais je me rappelle aussi de l’importance de la communication non verbale. Ce second vol est national et l’ambiance y est chaleureuse, les passagers discutent entre eux naturellement. Le dernier vol m’emmène de Brasilia à Salvador de Bahia en compagnie d’un jeune Brésilien peu bavard, surement pour préserver ses forces et profiter du carnaval dans lequel nous débarquons, enfin !

Je vais rejoindre mon premier contact, Véronica, qui m’attend devant le McDonald’s du quartier Rio de Vermelho. Elle craint que les rues soient impraticables à cause du carnaval et m’invite à laisser mes affaires chez sa mère qui habite ce quartier. Puis nous allons à pied, sous une averse et en longeant le bord de mer, jusqu’à l’appartement qu’elle me loue durant la première semaine de mon séjour ; j’y rencontre Antoine, un Canadien avec qui je partage l’appartement ; il joue de la mandoline, fait du surf, fume le cigare et fait de la recherche scientifique. Le soir même de mon arrivée nous allons rejoindre ses amis au carnaval à Ondina. Ce genre de carnaval consiste en une série de discothèques ambulantes que chacun peut choisir de suivre pour danser jusqu’au bout de la nuit ou de ses forces. Je regrette de ne pas avoir été dans le quartier du carnaval traditionnel (avec les costumes), peut-être une prochaine fois ! Ce sera néanmoins très sympathique de me laisser aller dans la liesse et le défoulement. Le carnaval, c’est un peu comme dans la chanson du bal masqué : « embrassez qui vous voudrez ». Si quelqu’un te regarde intensément, il est commun d’aller l’embrasser et de continuer sa route en dansant. Une troupe de jeunes hommes déguisés nommés les filles de Gandhi sont des spécialistes de cette « tradition ». Ils portent à leur cou des dizaines de colliers et pour ne pas être juste des voleurs de baisers, ils cèdent un collier à chaque baiser échangé. Pour ma part, je me souviens du premier regard univoque qu’une jolie fille m’a lancé, cela m’a bien fait rentrer dans l’ambiance même si je n’en ai pas profité. À la fin du carnaval les nombreux contacts entre individus ne sont pas sans conséquences sur la transmission de maladies. Chaque année, une petite épidémie de grippe apparaît. La coutume est de nommer la grippe d’après le nom de la meilleure chanson du carnaval! Pour de nombreux Brésiliens, le carnaval est un désagrément et l’occasion de partir en vacances loin du tumulte des villes. Comme mon appartement était situé au bord d’une des voies principales de passage des chars du carnaval, j’ai pu comprendre pourquoi on pouvait préférer s’exiler!

 Une fois mon arrivée célébrée, des questions de première nécessité me viennent à l’esprit : où acheter à manger ? Comment communiquer avec mes contacts ? Ces petites questions du quotidien provoquent chez moi une dynamique extraordinaire dans cette ville brésilienne. C’est la redécouverte tel Robinson isolé sur son île. Je ne suis pas isolé physiquement mais je le suis verbalement, culturellement voir philosophiquement. Mais humainement je ne me sens pas seul car a priori j’ai confiance en l’autre. Je fais une course conviviale dans un petit supermarché et j’échange quelques mots de Brésiliens pour trouver la confiture à la fraise. Je n’ai pas de connexion Internet dans mon logement mais la voisine, qui parle un peu français, me prête son ordinateur un moment. Finalement, pour contacter mes connaissances à Salvador, j’achète une carte téléphonique et je finis par trouver un cybercafé à 10 minutes de marche. La carte téléphonique coûte environ 10 Real (trois euros) pour 80 minutes vers les fixes ou 10 minutes vers les portables. Et c’est le prix touristique! Aller téléphoner à la nuit tombée n’est pas très rassurant mais ajoute un peu de piment au quotidien…

 L’avant-dernier jour du carnaval, je me balade seul dans les rues bondées, et, pour fuir l’effervescence de la fête je vais prendre un bain de nuit sur la plage de Porto de barra qui est en face de l’hôtel où j’avais passé mon premier séjour à Salvador. Par crainte du vol de mes affaires laissées sur la plage, je me baigne avec un Tupperware qui contient mon argent et mes clés et je le place dans mon caleçon ; la bosse formée par cette bouée plutôt mal placée pourrait donner des idées à certains… L’eau est chaude comme dans un bain et je suis presque seul. À plusieurs reprises j’inspecte la plage comme un paranoïaque et je suspecte plusieurs individus de s’intéresser à mes affaires. Je n’aurais pas vraiment profité de l’instant présent durant cette baignade! Je retourne à mon « trésor » alors que deux individus s’approchent de moi. Un d’eux me demande s’ils peuvent s’asseoir et nous commençons à discuter. Je me rends bien compte qu’ils sont amicaux. L’un d’eux est curieux et bavard alors que l’autre est distant. Le premier est surpris de voir un touriste préfèrer nager seul plutôt que de s’ennivrer du carnaval. Il me pose une série de questions telles que : purquoi suis je ici? Comment est-ce que les Français considèrent le Brésil ? Un pays développé ou non ? Le second ne participe pas à la conversation en anglais mais lorsque je parle des favella de Salvador, il s’exclame : « il n’y a pas de favella à Salvador de Bahia, ce terme est réservé aux bidonvilles de Rio de Janeiro. À Salvador, c’est la périférià. »

 Ce même soir, en rentrant à l’appartement, je poursuis l’imprévu : dans une rue bondée du carnaval, j’aperçois un individu au visage différent des autres. Un marchand ambulant assis dans la rue que l’on prendrait pour un sans abris à Paris. Il est édenté. Il vend de l’artisanat, des bijoux qu’il fabrique lui-même. Son apparence me fait penser à un Européen, il est en fait Argentin et remonte la côte brésilienne vers le nord. Je lui propose une brochette de poulet. Il accepte à condition qu’elle soit très cuite et me remercie avec un sourire béant.

Trois jours après mon arrivée, c’est le dernier jour du carnaval et je vais courir dans les rues bondées jusqu’au phare de Barra. Ce phare marque l’endroit où les premiers colons portugais s’installèrent. Je rejoins en courant un des blocos du carnaval et les nombreux Brésiliens qui l’entourent en cette fin de matinée ensoleillée. L’ambiance est familiale et détendue contrairement aux soirées plus arrosées. Je monte en haut d’une estrade pour apprécier le moment. J ‘inspire… J’expire… Je suis dans le présent. Je redescends et rentre dans la danse, tournant au milieu de tous, sans véhémence ni préjugés. Ce qui m’a marqué à ce moment-là c’est l’absence de volonté d’impressionner autrui, une joie simple du présent qui n’attend rien de l’autre mais qui le respecte. Un ensemble d’individus avançant joyeusenment chacun à sa manière avec considération pour son prochain. Un moment fort.

 Parmi les personnes rencontrées à Salvador, il y a David que j’avais déjà rencontré lors de mon premier voyage grâce au site Internet CouchSurfing. David est suisse et vit au Brésil depuis plusieurs années en tant que traducteur Franco Brésilien. Par l’intermédiaire du site CouchSurfing, je rencontrerai d’autres personnes locales et internationales lors d’une soirée dans un bar. C’est agréable de voyager sur un autre continent et d’y retrouver un groupe amical et ouvert d’esprit.

J’ai visité le zoo de la ville qui est gratuit et où j’ai pu apprécié différentes espèces de perroquets ara, des hippopotames et une panthère plutôt discrète, entre autres. L’emplacement du zoo était marqué sur la carte touristique mais dans les rues, le zoo n’était pas indiqué. L’organisation des infrastructures telles que nous la connaissons en France se retrouve à Salvador dans les quelques rues touristiques du centre mais dès que l’on s’en éloigne, les choses sont un peu plus chaotiques, du moins pour moi, européen. J’ai observé que les rues étaient moins propre qu’en France (je ne parle pas de la rue des Poissonniers dans le 18ème un jour de marché). Cependant, les individus à Salvador sont plus rayonnants qu’à Paris! Est-ce que c’est seulement parce que leur peau plus foncée conserve mieux le soleil que la notre? Je ne saurais en répondre!

Pour la seconde partie de mon séjour à Salvador, je serai hébergé gratuitement chez l’ami de Cacao (une amie de mon parrain qui vit en France) et qui m’avait aussi mis en contact avec Veronica. Ce logement se situe dans le quartier résidentiel nommé Rio de Vermelho du nom du fleuve qui, jadis de par les massacres perpétués sur ses rives, se mit à rougir. Le propriétaire du logement, Antonio, y avait entassé un tas d’affaires et à mon arrivée, c’est le grand ménage! Comme le montre les photos, c’est un grand appartement. À quelques arbres près j’ai vu sur la mer. En guise de frigidaire, une machine Coca-Cola et mon fourneau est digne de celui d’un grand restaurant. Antonio est propriétaire de plusieurs bars restaurant à Salvador… Ce logement a tout de même quelques inconvénients: la chasse d’eau ne fonctionne pas et les moustiques y sont exubérants. Je leur déclare la guerre et les chasserai chaque jour à l’aide d’une bombe insecticide. Pour le problème de chasse d’eau… eh bien, « heureusement », il y avait un restaurant McDonald’s à quelques minutes de l’appartement; j’ai utilisé ses toilettes pour les gros besoins! (Je leur ai tout de même acheté un jus de fruits à la fin…).

Grâce à une de mes amies de Paris, je rencontre Rodrigo. Il Habite à Salvador mais est originaire de Sao Paulo où la majorité des habitants sont blancs. Il est ingénieur et parle bien français depuis un séjour à Paris. Il me propose de passer une journée avec lui à la plage. Un samedi matin, nous partons en voiture après un faux départ pour retourner chercher son permis de conduire. Arrivés à la plage, deux amies de Rodrigo, Ionie et Kelly, nous attendent. La première est médecin et la seconde travaille dans l’administration. Nous faisons connaissance autour d’un verre au bord de la plage et nous rigolons bien notamment grâce à mon livre de poche pour apprendre le portugais. Elles s’amusent à prononcer des phrases en français. Pour le déjeuner nous allons dans un restaurant près d’un étang et quand Ionie voit le plat arriver, elle interpelle tout de suite la serveuse parce qu’il n’y a pas assez à manger pour tous! Nous avons finalement changé les plats et en attendant, je m’entraîne à jongler au bord de l’eau. Nous visitons une autre plage ou il y a un petit lagon avec des tables dans l’eau pour prendre un verre. Je leur dis en rigolant que je ne veux pas y aller parce qu’il peut y avoir des parasites dans l’eau stagnante! La médecin rigole. Nous rentrons à Salvador et de la voiture, Rodrigo me parle du village d’Arembepe. Autrefois, un authentique village de hippies et d’ individus qui voulaient vivre en dehors de la « socièté ». Un lieu fréquenté notamment par des artistes célèbres telle que janis Joplin. Aujourd’hui le site est ouvert à la construction touristique et le village hippie est à l’abandon…

Le lendemain, la seconde opportunité de découvrir les plages m’est offerte par Fedérico qui est un de mes collègues de travail (un épidémiologiste de terrain). Nous partons le dimanche matin sur une autre plage de la côte avec le petit ami de Federico et un de ses amis américains en visite à Salvador. Ce dernier a payé cher sa visite car lors sa première journée de carnaval, il est rentré chez lui les poches vides sans son portefeuille et sans son appareil photo… Federico nous emmene dans un joli village nommé Praia do Forte. C’est un ancien village de pêcheur qui a été modernisé pour les touristes en essayant de respecter la communauté locale. Il y a là bas un centre de protection des tortues de mer qui reviennent chaque année pondre leurs oeufs sur la plage. Après la visite de ce centre, nous sommes allés dans des bassins naturels d’eau de mer entourée de rochers qui sont à l’abri des vagues et qui permettent à l’eau stagnante de se réchauffer. Avant de parti, nous marchons dans le village. En voyant Federico et son petit ami garder leur distance, je réalise que l’homosexualité, même au Brésil, n’est pas acceptée socialement… Avant de retourner à Salvador, une surprise! Je tombe sur l’Argentin qui vendait des bijoux dans une rue bondée du carnaval et à qui j’avais donné une brochette de poulet. Il remonte la côte Nord avec quelques amis itinérants et quelques instruments de musique. Il nous propose amicalement de rester ce soir pour les écouter jouer mais je devrai refuser pour rentrer avec Federico à Salvador de Bahia. Sur le chemin du retour Federico nous amène à un magasin fameux au Brésil qui fabrique des sucreries et des jus à partir de maïs! Le traffic routier est très dense et les embouteillages sont habituels dans la banlieue de Salvador. Dans un bus public que nous dépassons je vois les usagers chantés et taper dans les mains, en patientant dans les embouteillages… Leurs voix s’élevaient en choeur telle un écho coloré pour les passagers du bus 82 de Neuilly sur seine…

Durant cette deuxième semaine, j’essaie de me remettre au travail de thèse pour préparer une présentation orale pour la réunion qui aura lieu avant mon retour en France. Je dois présenter mon travail de thèse au groupe d’épidémiologistes qui a fourni les données que j’ai analysées concernant une maladie très présente dans les bidonvilles de Salvador. Avec mes propres problèmes de santé, il ne sera pas facile de travailler dans mon nouveau logement. Mon cou est noué par l’utilisation d’un petit écran d’ordinateur portable. Mais je terminerai ma présentation tant bien que mal. La réunion de travail s’étale sur trois jours et me permet de retrouver d’anciens collègues et amis avec qui je collabore. je retrouve notamment Marcelo avec qui j’ai passé six mois en Angleterre et que j’avais rencontré lors de mon premier voyage au Brésil en 2010. Marcelo est mathématicien, lit Nietzsche, émeut ses amis avec sa voix et sa guitare, prend soin de sa femme et de sa fille et il a les yeux qui brillent. J’étais content de le revoir. Durant la réunion, j’assiste aux présentations, je donne la mienne, mais je me sens en dehors du jeu. Je n’ai plus le dévouement et l’engouement que j’avais durant ma première visite à Salvador. Je me pose des questions et j’en fait part à mon superviseur de thèse. Est-ce le travail en lui-même ou bien est-ce la concentration si difficile à cause des sensations désagréables aux yeux, à la tête au cou? La rigidité physique qui se meut peu à peu en rigidité psychique? Est une période de transition? Est ce que j’aime ce que je fais? Je ne sais pas mais je crois que ces réponses sont en moi, à moi de croire en la lumière au déla des nuages et de faire mon chemin à mon rythme…

Une après-midi, nous quittons la vidéoprojection pour rejoindre les coulisses : dans le bidonville d’où les données épidémiologiques sont extraites. Comme lors de ma première visite en 2010 , mes yeux sont écarquillés, les battements du coeur sont accélérés entre attraction, incompréhension, compassion, fascination, admiration, et culpabilité de la « chance » d’être né ailleurs. L’environnement, le paysage, les constructions sont grossières et riches à la fois. Un peu comme le visage de ses habitants, très creusé par la vie comme si nous pouvions lire sur les visages, leurs âges, leurs souffrances et leurs joies comme l’on compte l’âge d’un arbre sur son tronc coupé. Mais que d’expressions dans ces visages! Ils sont en colère ou rayonnent, mais je ne vois pas de visage blasé ou stérile. Je me trouve bien maladroit lorsque nous parlons statistiques dans ce lieu où il n’y a pas d’incertitude sur la difficulté des conditions de vie et les qualités de ses habitants. Deux types d’échanges m’ont marqué avec les habitants lors de notre visite. Un homme nous a comparé à des politiciens qui sont là pour regarder, mais n’agissent pas en pratique pour aider les populations. D’autres personnes nous ont reçu chez elles naturellement et respectueusement même si elles habitent dans la partie la plus insalubre du bidonville. Dans une partie plus salubre ou un réseau d’égouts a été mis en place ainsi qu’une route goudronnée, plusieurs personnes viennent amicalement nous parler et remercient les épidémiologistes pour leur travail. Par ailleurs, nous nous arrêtons à une des maisons de brique et de tole qui fut un lieu de culte de la religion africaine appelée cadomble. Désormais des gens habitent l’endroit qui est au bord d’un égout ouvert. C’est ici , près de l’eau stagnante, qu’une petite fille et un petit garçon sont accroupis. Le garçon touille, à l’aide d’un bâton, une flaque d’eau boueuse d’une couleur rose et grise ; une « bouillie boréale ». Les deux enfants sont animés comme devant un jeu, discutent et semblent refaire le monde… En fait, ici, maintenant, ils sont le monde…

Je crois que de telles conditions existent aussi en Europe. Cependant elles sont rares et passent facilement inaperçues. Au Brésil elles sont monnaies courantes, plus accessibles et routinières pour les habitants. Et pour moi c’est intéressant, voir important, de me rendre compte de cela, de l’ éprouver. Pas pour s’apitoyer sur leur sort ni pour se sentir coupable d’être né quelque part, mais pour prendre conscience simplement des conditions dans lesquelles un homme peut vivre et garder le sourire. De ce point de vue c’est plus moi-même qui aurait à apprendre! 

Le dernier samedi à Salvador, je retrouverai mes amis Rodrigo, Ione et d’autres pour une soirée très sympathique au musée d’Art moderne de Bahia qui est situé au bord de la mer et où sont organisé des concerts dans un joli cadre balnéaire avec d’un côté vue sur l’horizon infini de l’océan et de l’autre côté, des bidonvilles bien définis.

Pour mon dernier jour, je vais à l’aéroport tôt le matin, mais je ne prends pas le taxi, je prends le bus, bus qui me tombe dessus d’ailleurs! C’était tellement plus conviviale à 6:00 du matin d’être avec les brésiliens qui vont travailler ! Je remarquais alors que le drapeau brésilien était souvent représenté sur les vêtements alors qu’en France cela paraitrait bizarre.

En mars, le soleil se leve tôt et lançe ses rayons sur la ville endormie de Salvador dès 5:00 du matin. Alors vers 6:00 du matin le bord de plage est déjà en activité. Certains vont au travail, certains courent, certains font des étirements sur la plage en cercle autour d’un coach, d’autres, font la queue devant un centre de santé encore fermé. En effet, là-bas le système de santé dépend beaucoup d’organismes privé, qui implique de la compétition, de la compétition pour être en bonne santé… Malheureusement à mon goût, il y a au Brésil un engouement pour le modèle d’amérique du Nord… Plusieurs de mes rencontres notamment une femme dans un cybercafé, m’ont éclairé sur les systèmes d’éducation et de santé qui évoluent peu par rapport à l’économie bondissante au Brésil.

De mon bus vers l’aéroport, j’aperçois aussi de nombreux surfeurs, dès l’aube, dans l’eau. C’est comme s’ils avaient passé leur nuit allongée sur leur planche endormie et qu’au petit matin ils attendaient la bonne vague pour les réveiller et redonner le coup de fouet qui serait nécessaire au démarrage de leur journée terrestre, enfin sablonneuse…

Le soleil est un père. La mer est une mère! C’est l’impression que j’ai de si bon matin dans mon bus à peine bondé. De cette importante activité matinale, il se dégage pour moi le sentiment que beaucoup de Brésiliens ont conscience de la beauté naturelle de leur environnement et qu’ils tirent avantage de cette beauté en se levant de bonheur pour commencer la journée avec vitalité prêt à vivre pleinement aujourd’hui. Je crois qu’il y a un lien fort entre les individus et leur environnement ici.

Embarquement et je décolle vers Sao Paulo!

Mon escale avant l’avion pour Paris dure dix heures! Mais la magie de la Vie va encore opérer. C’est une belle rencontre, après quelques heures passées seul, je remarque quelqu’un de lumineux! Un jeune homme bien vivant s’assoit à côté de ma table avec un bonjour spontané. Nous engageons la conversation et, après une petite sieste dont il a l’inititative et qui m’apprend que malgré mes problèmes de dos je me repose très bien à même le sol en cas de besoin, nous passons notre attente commune à discuter. Il est Israélien et parcourt l’Amérique du Sud après avoir économisé grâce à des petits boulots. C’est quelqu’un de serein, énergique et positif. Et nous somme sur la même longueur d’onde, notre livre favori est le même! Peut être à une prochaine fois! Cette rencontre m’. enlève la nostalgie du retour et me rappelle que voyager, ce n’est pas un avion, un décalage horaire ou un nouvel endroit, voyager, c’est avant tout un état d’esprit… Où que je sois, je peux voyager, quand j’y prête mon coeur… A Paris aussi !

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 D’autres pensées: 

Le séjour me donne l’opportunité de commencer à parler portugais. Mais c’est un apprentissage différent de l’apprentissage scolaire que j’ai pu avoir en anglais durant la scolarité. C’est une approche peut-être moins productive intellectuellement mais plus productive humainement et en qualité, en qualité des mots qu’on apprend. J’apprends moins de mots mais j’apprends les mots dont j’ai besoin. Je ne prends pas les mots impersonnels et sans sens. Je ne digère pas un livre mécaniquement mais je vis mon histoire en brésilien. J’ai appris l’anglais à l’école française de manière dogmatique et un peu fade, comme une maison que l’on construirait sans savoir si quelqu’un finira par y vivre. Par ce voyage au Brésil c’est comme si je désirais d’abord la maison, aspirait d’abord à l’habiter et alors je la construis. Plus chaotiquement peut être, mais plus naturellement, plus vivant!

Je crois que les inégalités sociales au Brésil créent de la méfiance entre individus mais j’ai eu l’impression que cette méfiance était légère. Une fois celle-ci dépassée à l’aide d’un sourire ou d’un signe amical, les coeurs s’ouvrent rapidement et révèlent une nature de joie, respect d’autrui et enthousiasme.

Par rapport à l’insécurité à Salvador de Bahia. Elle est quotidienne. Je crois que le tout est d’éviter les mauvais endroits et les mauvais moments. Et il est important d’avoir connaissance de ces mauvais endroits et mauvais moments. Cela est possible par du bon sens, par des contacts locaux ou l’office du tourisme.

L’art est un peu partout à Salvador de Bahia. Surtout qu’un oeil étranger pourrait trouver artistique des scènes qui pour les habitants sont banales ou même négatives. C’est peut être ça un fossé culturel… L’art par les artistes brésiliens est un peu partout : graffiti, poèmes, statut, fontaine, peinture. Salvador des Bahia n’est pas une ville touristique même si certains de ces quartiers le sont. Ainsi certains endroits de la ville avec une valeur artistique ne sont pas rendus accessibles aux touristes. Au centre de la ville, un parc rempli de sculptures colorées et loin du quartier touristique m’interpelle à chaque passage. Sur une grande route une gigantesque croix du Christ est construite à partir des fourgonnettes empilées…

Les mendiants que j’ai rencontrés là-bas étaient particuliers. Ou plutôt leur manière de mendier était différente. J’ai rencontré des gens qui venaient demander de l’argent dans le supermarché pour faire leurs courses ou même le gardien de ma résidence qui a pourtant un travail et m’a demandé un peu d’argent pour son déjeuner. A l’aeroport de Sao Paulo, les mendiants ressemblent plus à des acteurs ou à des négociants. Un jeune garçon vient poser sur ma table des autocollants du Brésil et me laisse le choix de les acheter. Puis un homme m’aborde et m’explique que sa femme est en train d’accoucher dans une voiture en panne à côté de l’aéroport et me demande de l’argent pour payer le taxi ou réparer la voiture (je n’ai pas bien compris) et emmener sa femme à l’hôpital. Il me montre son portefeuille vide. Je refuse et l’aperçois quelques minutes plus tard en train de jouer la même scène à d’autres touristes. De mon expérience, je dirais que ce sont plus de gens malins et pauvres que des mendiants: c’est une manche active et non une manche passive. Se retrousser les manches quoi…

J’ai trouvé les visage Brésiliens plus expressifs que ceux des parisiens dans la rue. Expressifs sentimentalement parlant que ce soit de la colère ou de la joie. Je ne crois pas que que la différence soit entre les Français et les Brésiliens. Je crois que le brésilien et le français sont foncièrement identiques. Mais l’environnement d’un Brésilien et l’environnement d’un Parisien sont foncièrement différents!

Je ressens quelque chose de spécial chez mes amis Brésiliens: un empressement à vivre, à rire, à sourire, à manger la vie, parfois au risque d’en oublier la « goutte d’huile dans la cuillère » alors que d’autres personnes se concentrent à ce que la goutte reste dans la cuillère et loupe les merveilles du palais (Voir citation de l’alchimiste de Paulo Coelho). Cela a peut être un lien avec la mélancolie que j’ai vu dans les yeux de certains… Naturellement, une mélancolie dans les yeux et de la joie dans le sourire. Un mélange de pluie et de soleil…

Je sens encore en moi l’esprit du colon européen qui voudrait prendre sa place n’importe où… Mais je crois que vivre là-bas ne consiste pas à faire changer les choses mais d’abord à se changer soi-même. Car les conditions, l’environnement, l’harmonie sont différents au Brésil et pour les apprécier et s’y épanouir une certaine adaptation est nécessaire. Pas une aliénation mais une ouverture d’esprit, une prudence, et surtout je crois, une volonté de partage et de compassion…

Pour vraiment vivre l’ expérience du Brésil, je crois qu’il est important de laisser un peu de côté le cadre et le fonctionnement d’Europe mais pas ses valeurs! (le Brésil peut être est un peu égarant!). Lors de mes voyages dans les pays développés, j’ai plutôt cherché à retrouver mes repères Européens mais ici je crois que j’ai intérêt à être plus ouvert d’esprit, à lâcher un peu prise, à moins courir et à me laisser entrer dans la danse. Certains disent que c’est le climat… En tous cas c’est une opportunité pour ouvrir de nouveaux horizons de vie, à condition d’être prêt à en fermer d’autres.

Finalement, durant ces deux semaines et demi, j’ai reçu plus que je n’ai apporté. Mais n’est ce pas pour cela que l’on voyage? Non pas pour planter notre drapeau un peu partout, mais pour que « un peu de partout » se plante en nous, nous confrontant aux différences et nous rappelant qui nous sommes…

Bidonville misère… Besoin de moi… Besoin d’aider… n’est ce pas un peu ambitieux de prétendre aller aider des gens à l’autre bout du monde, dans une langue et culture inconnue? En tout cas, ce sentiment m’a tout de même motivé. Mais d’ailleurs y a t’il besoin d’aide à l’étranger? Je ne savais pas quels étaient les besoins la bas, alors j’étais loin d’aider effectivement! Je suis arrivé en croyant savoir ce que je ne savais pas et je repars en sachant que je ne sais pas. Cette une expérience réelle qui me permet de me remettre à ma place par rapport à mes sentiments ou à mes utopies. Ces sentiments ou utopies, tels une pierre brute renfermant une pierre précieuse, sont taillés par mes expériences… Alors taillons finement! Mais s’agissant d’aider, si je regardais plus près de chez moi en fait? Là ou vraiment, je pèse mon pesant d’aide… Si le Brésil est là pour moi, le vent ne l’emportera pas! Mektoub.

Amor e Respeito

Nicolas



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